Monsieur et madame Panyacabor faisait tout pour paraître parfaitement normaux. D'ailleurs, ils étaient normaux. Idiots, garnis de préjugés comme une choucroute de choux, arrogants, égoïstes et cupides. Normaux, quoi. Et la moindre anormalité (comme la gentillesse et l'intelligence) leur faisait peur. Et pas seulement. Ils détestaient ça. Monsieur Panyacabor travaillait dans une centrale nucléaire, où il baissait et levait des leviers selon les demandes en électricité de la ville. Il avait l'oeil terne et portait des cravates. Madame Panyacabor, elle, avait décidé depuis longtemps que travailler était fatiguant. Alors elle s'en passait. Cela ne l'avait pas empêché d'accoucher dans la douleur d'un petit gros du prénom de Rhalelaid quelques semaines avant le début de ce texte. Ce couple vivait sur Terre. Rappelons brièvement que la Terre est la seule planète de l'univers à résister encore et toujours à l'envahissante dominance du NIAC, pourtant dominante. Pire, plusieurs milliards d'êtres vivants, sur Terre, étaient loin de s'imaginer sa simple existence! Certes, ces quelques milliards ne sont rien en comparaison des pleins de milliards de NIACs vivant sur NIACland. Mais n'empêche. Bref. N I A C éditions (c) présente Quelques années lumières plus haut, dans un vaisseau intergalactique. - On va où, Berserk ? J'ai dormi pendant que le maître donnait l'ordre de mission. Berserk ne répondit pas, se contentant de vérifier son tableau de bord. Casting.............................ZeYom D'après une parodie originale CopyNIAC deux zéro zéro deux ... - Berserk ? Tu vas répondre, dis ? P'is d'abord c'est quoi ce bébé qu'on a embarqué avec nous? - Si je te le dis, Manu, tu me laisse piloter tranquille ? - Euh... ouais... je crois... - On doit le balancer quelque part sur Terre. Le maître a décidé de le punir. - Hein ? On fait tout ce trajet pour ça ? Et pourquoi il est puni ? - Le maître a dit que ce mioche a fait son boulot à sa place. Le maître n'a pas apprécié, mais comme la bonté du NIAC est bonne, il lui donne une chance de se refaire. - Une chance de... mais... il marche même pas ce gosse ! Il parle même pas ! Il aboie même pas non plus ! Et Tout m'a dit qu'il ne ressemblait même pas à un papillon, c'est dire ! - Bha, tu connais le maître... Bon, maintenant, tais-toi, y'a des astéroïdes, c'est pas facile à manoeuvrer. - ...bon, d'ac... euh... son boulot à sa place ? Quel boulot ? Berserk lui jeta un regard noir. Manu préféra s'éclipser. ............. A.R. Pote'N I A C à l'école des NIACs... ......................... Ce matin-là, en ouvrant sa porte pour aller à la centrale, monsieur Panyacabor vit quelque chose sur son paillasson qu'il ne s'attendait franchement pas à voir. Un bébé. Le gosse dormait, suçant son pouce. Chose étonnante, le reste de sa main, sortant de la bouche, était aussi volumineux que son nez rondouillard, de sorte que le bébé avait une sorte de grand huit en plein milieu de la figure. Encore comateux à la suite d'une mauvaise nuit, monsieur Panyacabor prit le gosse dans ses mains, retourna dans la maison et posa le gamin sur la table de la cuisine, à coté du couteau à pain. Puis il ressortit de sa maison en baillant. - Quand même, marmonna-t-il en marchant vers l'abri de bus, laisser mon fils sur le paillasson, elle va m'entendre ce soir ! Mauvaise mère ! Pff, et ce bus qui est toujours en retard ! Une heure plus tard, ce fut au tour de madame Panyacabor de se réveiller sous les hurlements de Rhalelaid, son fils. Elle se leva donc pour le faire taire. Elle était de très mauvaise humeur. - TU VA LA FERMER TA GUEULE ? demanda-t-elle au môme, ce qui ne se révéla pas plus efficace que deux paires de claques données par la suite. Quelques minutes plus tard, elle avait décidé de lui faire ingérer un somnifère puissant avec une rasade de lait. Elle se rendit donc dans la cuisine pour ouvrir le frigo où se trouvait le lait. Elle ouvrit le frigo en grommelant, prit le lait en jurant, referma le frigo en claquant, puis se retourna pour retourner dans la chambre de Rhalelaid. C'est alors qu'elle vit le bébé sur la table de cuisine, en train de jouer avec le couteau à pain. Elle écarquilla un de ses yeux embué de la nuit blanche infligée par son ronfleur de mari. - Tiens ? dit-elle. - Gâ ? répliqua le bébé. - T'es déjà là, toi ? J'savais pas que tu marchais déjà. - Gu ! - Bon, avale ça ! Madame Panyacabord ouvrit la bouche au bébé, la tint ouverte fermement avec sa main, puis y jeta la pastille de somnifère, avant d'y fourrer le goulot de la bouteille de lait. - Et glou, et glou, et glou, et glou... disait la mère au foyer. Du lait débordait par moment de la bouche du gosse, mais elle ne s'en souciât guère. Une fois la bouteille finie, elle jeta celle-ci dans un coin de la cuisine, puis prit le gosse dans ses bras pour le ramener dans sa chambre. Pendant ce temps-là, Rhalelaid s'était arrêté de crier. Se retournant dans son lit, il avait disparu sous les couvertures de son lit. Madame Panyacabord posa l'autre bébé par-dessus puis retourna en baillant dans son propre lit. Pendant ce temps là, dans l'espace... - On retourne à NIACland maintenant, Berserk ? - Oui, Manu. - Chouette ! Alors qu'ils discutaient, ZeYom entra en trombe dans la cabine de pilotage, visiblement paniqué. - Il a disparu ! Il a disparu ! - Quoi ? Qui ? demanda Manu, tout prêt à céder à la panique lui aussi. - Le bébé ! s'expliqua ZeYom. Y'avait un bébé dans la cabine 156ö/2. Je l'ai remarqué peu après qu'on soit parti. - Un bébé ? s'étonna Drealmer qui fumait, mais pas du tabac, dans un coin de la cabine de pilotage. - Ouais ! lui expliqua ZeYom. Il me faisait des risettes trop mignonnes ! Euh... je veux dire... il avait une cicatrice en forme de ñ sur le front et euh... c'était rigolo quoi... - Oublies ce gosse, ZeYom. - Pourquoi, Berserk ? s'intrigua ZeYom. - C'est quoi ce bébé ? demanda Drealmer à son tour. Berserk vérifia un instant son tableau de bord avant de répondre. - Y paraît que c'est grâce à lui qu'on est débarrassé de... de euh... de je-sais-plus-son-nom. - Hein ? Non ? Tu veux dire... euh... je-sais-plus-qui ? - En personne. Je-sais-plus-qui lui a envoyé un sort terrible avec son mana d'antiNIAC... mais le sort s'est retourné contre lui. - Fichtre. - Maintenant la ferme, et sortez de cette cabine. Y'a décidément trop de monde. Après tout, c'est MOI le pilote, ici. - Hé là ! Comment ça, après moi ? Je sais pas piloter, moi ! - Tiens, j't'avais pas vu, Tout. - C'est que je viens d'entrer pour les besoins du script. - Oh ? Le vaisseau intergalactique fila, à une vitesse bien supérieure à celle de la lumière... s'éloignant ainsi de ce bébé au destin étrange et à la cicatrice en forme de ñ sur le front... Madame Panyacabord se rendit compte vers midi qu'il y avait non pas un mais deux bébés dans le lit de Rhalelaid. Elle décida aussitôt de téléphoner au docteur Livre, celui qui l'avait accouché. - Bonjour, je pourrai parler au docteur Livre, s'il vous plait ? - Oui madame, un instant s'il vous plait. - ... - Ouhips, allo ? - Docteur Livre ? - Oui, hips ! - Voilà, je vous appelle pour -vous vous souvenez de moi ? - Farpaitement... - Voilà, donc, c'était pour savoir... j'ai eu UN fils ou bien des jumeaux ? - Hips ! Le docteur Livre se souvenait parfaitement de l'accouchement. C'était vers deux heures du matin. Il sortait de l'anniversaire bien arrosé de Ronron, son vieux pote du temps de l'armée -le bon vieux temps ! - Ah oui madame, tout à fhips. Je me rappelle très bien en avoir sorti deux... en même temps... - Ah. Bein ça, je ne m'en souvenait pas, docteur Livre. Je me rappelle que vous étiez complètement ivre, mais j'étais persuadé n'avoir eu qu'un seul gosse. - C'est des ch-hips qui arrivent, m'dame. - Bon... eh bien tant pis... merci. Et bon appétit. - Pas de quoi. Et elle raccrocha, un peu étonnée d'avoir passé quelques semaines sans s'être rendu compte qu'elle avait deux mioches et non un seul. - Bein déjà que j'en voulais pas d'un seul ! soupira-t-elle. Le soir, elle expliqua à son mari que leur fils était en fait une paire de fils. Le mari en question acquiesça sans écouter ce qu'elle disait, parce qu'y'avait foot à la télé. - D'accord, d'accord, va me chercher une bière. C'est ainsi que le mystérieux bébé (qu'ils baptisèrent A.R. car c'était la deuxième et la troisième lettre du jour où ils s'étaient rendus compte de son existence) fut élevé par les Panyacabord comme leur propre fils. C'est à dire maltraité. Chapitre 2 (ah au fait, avant c'était l'intro hein ? Bon) Le petit A.R. passa une enfance très triste. Ses parents ne s'intéressaient pas à lui, son gros frère jumeau (à qui il ne ressemblait en rien) le battait, et tout le monde se moquait de sa cicatrice au front en forme de ñ ou de son nez qui prenait à lui seul la moitié de la surface de son visage, et qui plus est la partie centrale, la plus visible. Mais le plus triste était sans aucun doute d'être élevé dans la plus parfaite ignorance du NIAC (qui est ignorante), lui qui était natif de NIACland. Au bout d'un moment, il eut 10 ans. Ce jour d'anniversaire n'avait rien de particulier, puisque personne ne le lui fêtait jamais. Aussi n'en attendait-il rien de particulier. Ce jour-là, pour fuir son frère jumeau (qui avait décidé d'expérimenter sur A.R. un scalpel trouvé dans une poubelle d'un hôpital spécialisé dans les maladies graves), il marchait seul dans une rue jouxtant le palais de justice. Arrivant au coin de la rue où il marchait, il entendit des gens discuter dans la rue perpendiculaire. Par curiosité, il se plaqua contre le mur et jeta un oeil discret dans la rue d'où provenait les voix. Il vit ainsi deux hommes bizarres, habillés de la même façon (une chemise blanche, un costume vert, une cravate et des lunettes de soleil, ainsi qu'un badge qu'il n'arrivait pas à lire de loin), en train de dialoguer près d'une poubelle en plastique. L'un d'eux portait une sorte de console de jeux portable muni d'une antenne parabolique dont il fixait intensément l'écran. L'autre tenait fermement dans une main une balle de tennis de couleur orange et dans l'autre une raquette de tennis sans cordes. - Que dit le DARP (détecteur d'apprenti-rookie potentiel, marque déposé par profNIAC Corporation, toute copie même partielle sera passible d'un blâme), agent Gris ? demanda l'homme à la balle de tennis. La console de jeux émettait des bruits qui ressemblait vaguement aux hululements d'un hibou. - Il dit qu'un apprenti-rookie potentiel se trouve en ce moment au coin de la rue, en train d'écouter tout ce qu'on dit. - Zut. Alors vite ! Il faut absolument aller lui expliquer que le MIN n'existe pas ! - Oui ! Les deux hommes se mirent alors à courir dans la direction de A.R. qui se demanda quelle mouche les avait piqué. Quelques secondes plus tard, ils étaient face à lui, et l'encerclaient. - Rends-toi ! déclara l'un d'eux en menaçant A.R. de sa raquette sans cordes. - Oh ! Regarde ! lança l'autre. - Quoi ? demanda le premier. - La cicatrice en forme de ñ ! - Oh mon dieuNIAC ! Celui qui a tué je-sais-plus-qui en faisant j'ai-jamais-su-quoi! - Celui qu'on dit qu'il aurait pu être héros du NIAC avant même d'être né ! - Celui qu'on dit qu'il est né avec un plus gros nez que le paldamel (qui a pourtant un gros nez) ! - Celui qu'on dit qu'il a été créé et conçu par la force du NIAC qui est forte ! - Celui qu'on dit qu'il aurait pu être le NIAC si J2N n'avait pas déjà existé! - Euh... non, là tu va un peu loin... - Euh... pardon. - En tout cas, c'est bien lui, celui qui, d'après la légende, a vexé le maître... - Celui, surtout, que, d'après la légende, le maître n'a pas tué. - Oui : celui qui a été exilé bébé, quoi. - Celui qui... euh... il nous regarde avec un drôle d'air, tu trouves pas ? - Je me demande pourquoi. - Dites, monsieur (se prosterna devant lui l'homme à la raquette), je peux avoir un autographe ici, sur ma balle orange au goût citron ? A.R. en restait bouche bée ; après l'avoir presque agressé, les deux étranges individus lui demandaient à présent un autographe ! Il ne sut quoi répondre. A.R. regarda la balle de tennis que lui tendait l'étranger. Des noms étaient inscrits dessus. Il put lire un "Manu", un "ZeYom", un "Drealmer", un "Tout"... Il se demanda vaguement qui étaient ces gens. Il lut ensuite un "Berserker", un "Féral", un "TL (flemme d'écrire mon nom en entier)", et un " PAF ! Me demander un autographe, à moi ? GAAAAARDES !" - Siouplait, un autographe ! insista l'individu. - Euh, je n'ai pas de stylo. - Tenez ! répliqua l'autre en sortant de sa poche un stylo mâchouillé. A.R prit donc le stylo et écrivit son nom sur un emplacement libre de la balle. - Voilà. - Oh, merci, merc... comment ça, "AR Panyacabor" ? - Bein... c'est mon nom... s'expliqua A.R. L'étranger se releva, apparemment déçu. Se tournant vers son collègue : - Bein mince, on s'est trompé, c'est pas Pote'NIAC - Pourtant... la cicatrice... - Coïncidence... - Hm... Probablement... faut dire, une cicatrice en forme de ñ, c'est courant... - Ouais... cela dit, j'en ai jamais vu. - Euh... moi non plus. Mais c'est courant. Je... je pense. - Bref. La mission avant tout. - Ouais. Mais où tu l'as vu ? - Qui ? - Bein Tout. A.R. n'intervenait pas dans le dialogue des deux inconnus. Il était trop stupéfié pour ça. Voilà que de nouveau, ils l'entouraient en prenant un air menaçant. - Suis nous ! - Rends toi ! - Pourquoi ? demanda A.R. Les deux hommes se regardèrent un instant. Comme s'ils ne s'attendaient pas à cette question. Rabattant leurs armes, ils plongèrent alors dans la lecture d'un gros livre intitulé "l'enrôlement de force des Apprentis Rookies potentiels, comment y arriver et pas pourquoi" - Zut, finit par soupirer l'un d'eux au bout de vingt bonnes minutes, y'a pas marqué pourquoi ! - Hum... - Bon euh, écoutes, euh... c'est quoi ton nom ? - A.R. Pany... - OK, Aére truc... c'est notre mission (attention, le MIN n'existe pas) de trouver des AR potentiels, et toi la machine elle a dit que t'en es un. Alors tu discutes pas, compris ? - Et je dois aller où ? demanda AR par curiosité. - Euh... je sais pas. Agent Gris, on doit l'emmener où déjà ? - Euh... faut demander à l'agent Nez. - Ahem... c'est à dire qu'il nous l'a déjà dit une bonne dizaine de fois, déjà... non ? - Il va nous en vouloir. - Ah ça c'est vrai. - Alors on fait quoi ? Les deux gars réfléchirent en silence (et prenant des poses de circonstances, le poing posé sur la lèvre inférieure, et les yeux plissés sous les lunettes), devant un A.R. de plus en plus incrédule. - On y va ? finit par demander l'un d'eux à l'autre, se désintéressant de A.R. - Ouais. L'homme à la raquette se tourna alors vers A.R. pour lui dire de ne pas bouger et d'attendre qu'ils reviennent. A.R. promit de faire son possible, et les deux étranges individus s'éloignèrent un peu plus loin dans la ruelle tout en discutant ("tout de même, c'est un monde que tu ne t'en souviennes pas"; "bha quoi, toi non plus"; "oui mais on avait dit que c'était toi qui devait retenir ça"; "ah bon ?"). L'homme à la console de jeux à parabole ouvrit alors une poubelle de plastique de la largeur d'un homme, et entra dedans. Suivit de l'autre qui grommelait encore "si c'était à moi de le retenir, fallait me le dire avant, d'abord". A.R. resta quelques minutes sans bouger, regardant intrigué la poubelle en plastique où avait disparu les deux inconnus. Puis il bougea un pied et s'avança vers la poubelle, par curiosité. Il l'ouvrit et jeta un oeil à l'intérieur. A la place de détritus, il y avait un grand trou. Une lumière diffuse venant du fond permettait de voir un chemin de sable à deux ou trois mètres de la surface. A.R. hésita encore quelques instants, mais la curiosité fut la plus forte. Il sauta dans le chemin de sable. Il se révéla qu'il avait mal jugé la hauteur du saut à faire.. Dix mètres plus bas, il n'avait toujours pas atteint le fond du trou, mais continuait à tomber et à crier de terreur. Chapitre pi Le chemin de traviole Heureusement pour lui, il y avait, pour amortir la chute, une épaisseur de trois mètres de sable. Il s'y enfonça complètement, avalant du sable par gorgées. - Pff ! Auschecour !!! Seuls ses doigts dépassaient à peu près du sable. Il se débattit, balayant le sable, et réussit au bout de quelques minutes à faire émerger ses cheveux, puis ses yeux, puis son nez, puis sa bouche (et la tête). Il en profita alors pour recracher tout le sable qu'il avait dans les poumons. Puis il se reposa, haletant. Dix minutes plus tard, il fit de nouveaux efforts, s'appuyant des deux bras sur le sable. Au bout d'une heure et douze minutes, il avait réussi à s'extirper entièrement du sable. Le chemin était une sorte de couloir sinueux serpentant vers l'inconnu. Regardant au-dessus de lui, il vit le trou d'où il venait de tomber, avec la nette impression que l'extérieur n'était qu'à deux ou trois mètres plus haut... Il se mit debout pour essayer de jauger plus justement la hauteur. Tendant le bras, il réussit presque à atteindre le trou, et il voyait distinctement le plastique vert de la poubelle. - Mais où je suis ??? Curieux de le savoir, il décida de suivre le chemin de sable. Vu qu'il y avait un mur à droite, il partit à gauche. Le chemin zigzaguait de façon étrange, sans constance particulière. Partant subitement à droite avant de retourner à gauche, de descendre sèchement puis de remonter non moins sèchement en obliquant à droite perpendiculairement. La couche de sable devint de plus en plus fine, jusqu'à n'être plus que quelques grains sur de la terre. Ensuite, le sol devint courbe. Jusque là parfaitement horizontal (sans doute grâce au sable tassé qui égalisait ledit sol), le plancher de terre perdit toute raison. Courbe, creux en son centre, puis pentu, plus haut à gauche qu'à droite, puis de nouveau courbe mais creux aux extérieurs et bondé au centre, puis en dents de scie, puis de nouveau pentu mais plus haut à droite, d'une pente de plus de 45 degrés, rendant pénible la progression, d'autant que les sinuosités du couloir n'avaient en rien changé. Le chemin montait, descendait, tournait, s'élargissait ou se diminuait, complètement anarchiquement. Au bout de quelques kilomètres, épuisé, A.R. s'assit sur une grosse bosse de terre au milieu du chemin actuellement en dents de scie ovales. Il en profita pour se demander comment il était possible que le chemin soit parfaitement éclairé alors qu'il n'y avait ni torche, ni mousse luminescente. Aucun système d'éclairage. Il essaya d'élaborer des théories pendant une bonne heure avant d'y renoncer et de se relever pour poursuivre sa route. Après vingt minutes supplémentaires de marche dans ce chemin de traviole, il finit par atteindre un carrefour, ainsi que d'avoir très faim. Le chemin sur lequel il se trouvait se séparait en quatre couloirs. Au dessus de chacun, une pancarte était fixée dans le mur, telle une épée de Damoclès. Pour le premier couloir, la pancarte disait "si vous êtes NIAC, c'est par ici (en principe) : §299,2". Pour le second couloir, la pancarte disait "si t'es qu'un Rookie, c'est plutôt ici: §(132/2)+ö". Pour le troisième couloir, la pancarte disait : "si vous êtes agent du MIN (attention, le MIN n'existe pas), c'est là, ok ? Pas à coté, mais ICI: §1489*001". Enfin, pour le dernier couloir, la pancarte disait: "si toi être A.R., venir là (héhéhéhéhéhé): §6,66". Etonné de voir son nom sur une des pancartes, A.R. emprunta sans réfléchir le couloir dans lequel on lui demandait d'aller. Dès qu'il eut franchi le seuil du passage, une porte métallique claqua à quelques centimètres de son dos et un rire résonna en échos autour de lui. C'était un rire grave, terrible, menaçant, qui donnait à peu près ça: - GnaHAHaaHaHAAHahAAhéhéhOHOHahahaHAHAHAHééégnHaHAHOHOHéhéhéhAHA ! Chapitre 6,66 Le début des ennuis. La lumière avait complètement disparu. Dans ce nouveau monde, A.R. commençait à avancer, à pas prudents, dans le noir le plus total. Mais pas dans le silence le plus total. C'était plutôt dans un immense brouhaha. Une dizaine de voix parlaient, semblant parfois se répondre, mais le plus souvent sans interlocuteurs apparents. Les oreilles d'A.R. étaient inondées de multiples monologues superposés à de rares dialogues. - ...et c'est pourquoi il faudrait... - ...ouin, j'ai perdu mon apprenti ! - ...salut ! Au revoir ! - ...liner, il est pas beau. - ...les gars, on a enfin fait le goto++... - ...à propos de la rencontre, cet été... - ...chouette! Je fais des bibliothèques d'objets ! - ...et le JODN ? Ca fait longtemps ! - ...j'ai faim... - ...pas beau toi-même, autruche anémique ! - ...ce serait bien que ce soit en juillet... - ...me manque un article de liner, un de Drealmer, un d'Aries, un de... - ...j'ai chaud... - ...personne n'a envie de commencer un texte ? - ...même pas vrai ! - ...en ce moment, j'ai trop de boulot... - ...qui s'occupe du guide touristique, déjà ? - ...allez voir cette url, c'est génial... - ...'fait froid... - ...wa l'autre, t'es qu'un cochon dingue ! - ...parce qu'en juillet, je suis à... - ...et le site ? Il avance ? - ...ouin ! Méchant ! - ...et vous, vous serez où, en juillet ? - ...ta gueule, espèce de baignoire ! - COMMMENT CA MA GUEULE ? KESK'ELLE A MA GUEULE ? - euh non, pas vous, maître... l'autre, là. - PAF et PAF ! Veut pas l'savoir. - Ouin ! C'était même pas moi d'abord ! - Rha... j'ai reçu une baffe du maître... trop bon... - ...et c'est pourquoi il faudrait... Dans ce brouhaha, A.R. avançait les oreilles bouchées par ses mains. Comme il faisait noir et que le couloir continuait de zigzaguer comme avant, il lui arrivait fréquemment de se heurter aux murs ou de trébucher dans des trous ou contre des bosses au sol. Au bout d'un moment, il cria de douleur. Personne ne sembla l'entendre. Il s'assit alors par terre, épuisé. Puis il demanda d'une voix faible et sanglotante : - Mais QUI êtes-vous ??? A sa grande surprise, quelqu'un lui répondit. - On est des NIACs, et toi ? - Des "niacs" ??? demanda A.R. - EN MAJUSCULES, TOUJOURS ! beugla alors une autre voix. - Laisses tomber, fit une troisième voix, c'est qu'un A.R. - Oui ! Je suis A.R. ! s'exclama A.R. Comment savez-vous mon nom ? - ...hem... dites... il est con ? Ou... Une voix grave et puissante s'éleva alors et demanda : - Qui veut de lui comme padamachin ? Pour la première fois depuis qu'il était entré dans ce couloir obscur du chemin de traviole, A.R. n'entendit pas un son. Le silence se poursuivit pendant de longues minutes avant que la voix puissante ne reprenne la parole. - Bon... j'ai compris... hop, au trou ! Au même instant, une trappe s'ouvrit sous A.R. et celui-ci se retrouva à glisser dans un toboggan sans fin. - AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! La glissade se poursuivit jusqu'à un point de lumière situé plus bas. - AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! Le point de lumière se rapprochait et se révéla être une grille dans le plafond d'une salle faiblement éclairée. La grille s'ouvrit, le laissant passer. A.R. s'écrasa douloureusement sur le sol de béton recouvert de paille. - Aïe ! - Tiens ! Un nouveau ! Allongé en croix sur le sol, le nez en sang, A.R. tourna légèrement son visage pour voir celui qui venait de parler. C'était un jeune garçon au corps squelettique mais au visage souriant malgré les gargouillis de faim émanant de son estomac. - Moi c'est courbet, amiral au long cou, et toi ? Sans répondre, A.R. s'enquit de savoir où il était tombé. C'était une pièce de trois mètres sur quatre, sans fenêtres, avec une porte et au plafond une bouche d'aération fermée par une grille en acier ; la grille s'était refermée après son passage. Sur les murs latéraux, il y avait deux planches en bois horizontales un peu surélevées, pour faire office de lit. Par endroits, des squelettes (complets ou en morceaux) gisaient, grimaçants. Sur la porte étaient inscrits des mots que A.R. ne put réussir à distinguer de là où il était. Il y avait aussi deux gros cadenas munis de roulettes en leur centre, dont il ne voyait pas pour l'instant l'utilité. Les deux cadenas semblaient bloquer fermement la porte. L'autre prisonnier avait continué de parler, laissant planer une demi-seconde de silence après s'être présenté. - Comment t'es arrivé ici, toi ? disait-il. Moi j'ai rencontré ZeYom, un jour. Au bout d'un moment, il m'a convaincu de le suivre au palais du maître. C'était bien, au début. J'ai construit un navire trois mats dans la baignoire de l'aile nord-sud-ouest du troisième sous-sol. Mais y'a eu des fuites et tout le monde l'a su. Je sais pas pourquoi y'a eu cette inondation qui a ravagé le jardin de poireaux du maître. Ils ont dit que c'était moi alors ils m'ont rangé ici. Mais je suis rien qu'un bouc et miss... euh... Le bavard s'interrompit une longue seconde pour réfléchir. Constatant que A.R. regardait les deux cadenas, il reprit : - Une énigme. J'y ai rien compris. Laisses tomber. Par curiosité, A.R. se rapprocha de la porte, laissant courbet poursuivre son monologue. Les cadenas étaient en fait séparés d'inscriptions. Au-dessus du cadenas du haut, un simple "La" était inscrit, et au-dessus de celui du bas, donc entre les deux, on pouvait lire "du NIAC est". Il n'y avait rien au-dessous du cadenas du bas. - Je connais tout sur l'histoire des grands de la mer, disait courbet dans son dos. Savais-tu que le capitaine polonais Ovladlo avait, en 1832, le 13 février (un vendredi), découvert un clou en or planté dans la grand voile de son navire marchand en route pour Bratislava en empruntant le canal de Suez ? Etonnant, non? Pourtant c'est authentique. Le clou datait de l'époque coloniale, et était gravé aux initiales du roi Arthur en personne. A.R. regarda plus attentivement les deux cadenas. Les roulettes, en particulier. Il y avait sur les cadenas une petite fente permettant de voir un mot. La roulette permettait d'alterner entre différents mots. Le premier cadenas proposait les mots "joie", "nez", "pied", "force", "justice", "bonté" et "vide". Le second alternait les mots "triste", "annuelle", "pédestre", "forte", "injuste", "bol" et "vide". A.R. s'étonna un instant de cette énigme, puis il plaça les deux cadenas sur "vide" et tenta de pousser la porte. Aucun effet. - Tu sais ce qu'il faut faire ? demanda-t-il à courbet. - Aucune idée, répondit ce dernier. Je disais donc: c'est ainsi que la mode des clous fit son apparition. On en mettait partout, à l'époque c'était très tendance. On appelait ça la mode Ovladlo, ça faisait fureur, en Pologne du nord. Et pour en venir où je voulais en venir... A.R. se décrocha à nouveau du monologue de courbet, celui-ci commençant à l'énerver. Il positionna au hasard le premier cadenas sur "bonté" et le second sur "triste", puis il poussa la porte. Il reçut alors une violente décharge électrique qui le propulsa trois mètres plus loin. - Ouye, pleurnicha A.R. en serrant ses mains brûlées au troisième degré. - Ah oui, j'ai oublié de te dire : c'est dangereux. - Ah ? - Oui, tu vois, ce cadavre, là ? Courbet pointait du doigt un squelette aux os brûlés. - Il a mis sur les cadenas "la justice du NIAC est injuste" et a obtenu une décharge de 300.000 mégavolt qui l'a brûlé en un éclair. C'était un ami, il s'appelait Zeu... - OH ! MAIS OUI ! s'éclaira A.R. en interrompant courbet qui eut un geste de recul. - Qu... quoi ? - Fallait faire une phrase ? - Euh... c'est possible. Je sais pas trop, en fait. A.R. sauta sur ses pieds et retourna en vitesse au pied de la porte. - Toi, t'es téméraire, dit courbet pour tout commentaire. Tu me rappelles un nain, qui... comment il s'appelait déjà... ça commençait par un G je crois... Mais déjà, A.R. tournait de nouveau les roulettes. Il mit "pied" sur le premier et "pédestre" sur l'autre, puis il poussa de toutes ses forces. Aucun effet. - Laisses tomber, je te dis. De toutes façons, après celle-ci, il y a plein d'autres énigmes impossibles à résoudre. Il paraît que c'est de plus en plus dangereux. A.R. relut la phrase qu'il avait inscrit : "La pied du NIAC est pédestre". Pourtant, ça faisait une phrase grammaticalement correcte... il ne comprenait pas, et songea à renoncer. Cela semblait trop compliqué. - Oui, bien trop compliqué, psalmodiait courbet dans son dos. D'ailleurs, comme on dit, la force du NIAC est forte, alors hein, ça veut tout dire. A.R. fit une autre tentative. Il mit "nez" et "annuelle" mais il se reçut une légère décharge électrique. - Pfff ! soupira A.R. Avec toutes les combinaisons qu'il y a, il faut au moins, euh, plein de temps pour y arriver ! - C'est ce que je me tues à te dire. A.R. s'assit alors sur le lit de libre. Courbet en profita pour lui raconter la vie d'Ovladlo, de sa naissance à sa mort. Au cours du récit, il lui promit de revenir plus tard sur certains détails, et notamment de raconter avec exactitude la vie complète des compagnons d'équipage d'Ovladlo ainsi que celles de ses trente-deux frères, tous marins. - D'ailleurs, il faudra aussi que je te parle de celle de son père, sinon on comprend moins toute l'ironie de sa vie. - Au secours... murmura A.R., paniqué. - Pardon, tu disais ? D'un bond, A.R. se jeta sur les deux cadenas. Il préférait risquer de mourir électrocuté. A une vitesse folle, il plaça le premier cadenas sur "force". Puis, poussé par un instinct venu du plus profond de son être, un instinct qu'il ne sut s'expliquer, il positionna le second verrou sur "forte". Puis il poussa la porte... - La force du NIAC est forte ! s'exclama-t-il joyeusement (serrant le poing d'un air victorieux) en se retrouvant de l'autre côté de la porte qu'il claqua dans son dos pour ne pas être suivi. Il était dans un couloir, long de trois mètres et large de deux. En face de lui, il y avait une autre porte sur laquelle étaient gravés (au couteau) les mots "bon, première leçon apprise ; plus que plein et c'est bon". Chapitre d'après. Le simulateur de combat A.R. ouvrit la nouvelle porte, qui n'opposa aucune résistance, et se retrouva dans un autre couloir, exactement identique au précédent. Sur la nouvelle porte, trois mètres plus loin, une pancarte indiquait ces simples mots : "simulateur de combat", pancarte sur laquelle avait été posé un post-it qui disait "faites vos prières". A.R. frissonna. Il imagina aussitôt les monstres dont il avait le plus peur. Des araignées géantes, des chauve-souris géantes, des escargots géants ou des nains géants, notamment. Il s'imaginait en train de devoir les affronter, au péril de sa vie... peut-être que courbet avait raison. C'était trop dangereux. Mieux valait attendre la mort dans un cachot que dévoré en petits morceaux, maintenu artificiellement en vie durant des heures d'agonie, par une araignée géante! Expirant un grand coup, il ouvrit la porte, prudemment. Il vit alors une salle immense, d'à peu près cinq cent deux mètres carrés. Il ne vit aucun des monstres qu'il avait imaginé. Aucun monstre d'aucune sorte non plus. Mais la salle n'était pas vide, loin de là. Il y avait ici plusieurs trentaines de tables, de tous formats, et quelques centaines de chaises, pliables ou non, en plastique ou en bois, ainsi qu'un bon nombre de fauteuil, confortables ou non. Par endroits, il y avait des amoncellements de chaises, en équilibre instable. Le tout formait un labyrinthe qu'il devait apparemment traverser. - Qu'est-ce que... commença-t-il, surpris. Oh, je vois, il y a sûrement des monstres cachés quelque part là-dedans. Brrr... Il se baissa pour regarder sous les tables. Nulle trace de pattes poilues ou griffues, aussi loin qu'il pouvait voir. Il se releva, intrigué, et commença à avancer entre les tables qu'il regardait presque avec méfiance, cherchant des petites bestioles qui pourraient être menaçantes et qui profiteraient du bazar pour proliférer. Tables et chaises étaient posées (ou entassées) de telle sorte qu'elles formaient des couloirs, virages, et parfois carrefours. Parcourir ce labyrinthe se révéla très vite rébarbatif. Au bout de dix bonnes minutes, A.R. avait arrêté de chercher nerveusement des monstres, même de petite taille. Il s'était convaincu de l'absence totale de risques. Celui qui avait fait ce labyrinthe devait être quelqu'un de très bizarre... se dit-il. Vingt minutes après y être entré, A.R. aboutit dans une sorte d'impasse. Il était dans un couloir dont les murs étaient des canapés alignés approximativement, et sur lesquelles on avait posé des tables ou des empilements de chaises en tours tordues. Devant lui, une unique table de bois vermoulu barrait ce couloir, table sur laquelle une vingtaine de chaises métalliques étaient posées en déséquilibre, formant trois colonnes en triangle, certaines chaises faisant partie des trois colonnes. A.R. n'avait franchement pas envie de retourner en arrière. Alors il haussa les épaules et décida de passer sous la table. Il se positionna face à la table. Il fléchit les genoux. Agenouillé, il posa ses mains à plat sur le sol. A quatre pattes, il commença à avancer. Deux pas, trois pas, quatre pas. Confiant, les yeux fixant le sol, A.R. est maintenant sous la table, juste au milieu. Il aurait bientôt passé ce petit obstacle... - aïe ! La table était courbée sous le poids des chaises et il venait de se cogner le haut du crâne, n'ayant pu voir la bosse puisqu'il fixait le sol. Grommelant, il reprit sa progression après s'être frotté la tête une petite seconde. Plus haut, les chaises étaient en train de perdre progressivement l'équilibre précaire qui les tenait en place. Mais A.R. ne le vit pas et continua à avancer. Sa tête sortit de sous la table quand les premières chaises dégringolèrent, semblant l'attaquer. A.R. reçu sur le lobe de l'oreille droite le pied d'une chaise qui poursuivit sa course au sol dans un bruit de métal, non sans lui avoir fait une entaille douloureuse. Par réflexe, il leva des yeux étonnés, et une autre chaise en profita pour le cogner en plein front avec le haut de son dossier. Il eut tout juste le temps de fuir sous la table avant que quatre autres chaises ne tombent dans un vacarme sans pareil. D'autres chaises avaient choisies de tomber de l'autre coté de la table, bloquant toute retraite à A.R. Ce dernier décida de ne plus bouger et de se boucher les oreilles pour se protéger du vacarme. Une fois la tempête passée, A.R. décolla lentement ses mains des oreilles. Du sang coulait de son oreille entaillée. Il déglutit avec difficulté et chercha fébrilement des yeux un passage pour se sortir de ce piège. - Ma parole, murmura-t-il, la voix tremblotante. On dirait... on dirait que ces chaises m'ont... attaqué... non... non, c'est impossible. Personne ne lui avait jamais dit qu'une chaise pouvait attaquer qui que ce soit. Mais d'un autre coté, personne ne lui avait dit non plus le contraire. Il ne savait pas grand chose des chaises, sinon qu'on pouvait généralement s'y asseoir sans risques. Après tout, il n'avait que dix ans, et n'était vraiment pas convaincu que les adultes lui disaient toute la vérité sur le monde qui l'entourait. Au bout de quelques minutes, il se trouva stupide. Comment avait-il pu imaginer un instant que les chaises l'avaient agressé ? C'était idiot. Ce qui était arrivé était simplement... une... une coïncidence. Quelque chose d'imprévu qui... - Quelque chose qui euh... en tout cas de normal... c'est ça de normal. Faut absolument que je sorte de sous cette table, moi. Vite. Regardant autour de lui, il vit un petit passage de libre entre deux chaises. Il s'approcha du passage doucement, puis s'arrêta, vérifiant inconsciemment que les chaises ne bougeaient pas. Puis il roula des yeux en soupirant, se traitant d'imbécile. Et il passa entre les deux chaises. Un peu plus tard, il était de nouveau debout, et une pensée réconfortante vint à son cerveau. - J'ai faim. Bon sang que j'ai faim. Mais il ne pouvait s'empêcher de penser à la pancarte posée à l'entrée de cette salle. Simulateur de combat. Cette salle était un simulateur de combat. Or, il n'avait vu aucun monstres de chair et de sang. Il déglutit péniblement, essayant de chasser ces pensées idiotes. Il reprit sa marche dans le couloir. Il ne savait plus trop si c'était celui qu'il avait déjà emprunté ou bien celui de l'autre côté de la table qui venait de le piéger. - Non. Elle ne vient pas de me piéger. Elle vient juste... ou plutôt, c'est pas elle, mais... oh c'est pas vrai, c'est elle ou pas ? A la première intersection, A.R. prit sur la droite. Il se retrouva dans un couloir dont les murs faisaient plus de dix mètres de haut, tout en empilement hasardeux de tables et de chaises. Aucune table ni chaise n'était horizontale avec le sol ou avec une autre chaise ou table directement à ses côtés. A.R. s'arrêta un instant et déglutit en transpirant abondamment. Il avait la stupide impression que les chaises le regardaient en ricanant. Il essaya de se convaincre de l'idiotie de cette hypothèse, et avança courageusement. Au bout de quelques secondes, sa marche s'accéléra puis devint une course de plus en plus effrénée. Il regardait de droite et de gauche, en haut ou en bas, quêtant le moindre signe de chute ou d'attaque. Il ne vit pas que, devant lui, une chaise du bas de l'empilement sortait ses pieds du tas. Des pieds anormalement long. Il ne s'en rendit compte qu'au moment où son genou percuta violemment le pied de la chaise. A.R. tomba sur le côté. Ses bras battant l'air pour tenter instinctivement de se rattraper à quelque chose, il agrippa une des chaises de l'empilement de droite, chaise qu'il entraîna dans sa chute. - Un croc en jambe ! eut le temps de penser A.R. avant qu'un essaim de chaises et un commando de tables ne lui tombe dessus dans un rugissement effrayant. Il avait hurlé. Les premières chaises lui frappèrent le thorax, y rebondissant parfois, puis une table sembla ensuite vouloir lui casser les deux jambes. Puis une chaise atterrit sur son crâne, tandis que tout autour de lui, d'autres chaises et d'autres tables hurlaient et s'écrasaient non loin de lui. Au bout d'un moment, il était recouvert de la tête au pied. Il avait mal partout et entendait encore des bruits de bombardements. Ceux-ci finirent par s'atténuer puis s'éteindre. A.R. n'osait, ni ne pouvait, bouger ne serait-ce qu'un doigt. Il attendait, la respiration saccadée. - Pourquoi... pourquoi je ne suis pas resté dans le cachot avec l'autre, souffla-t-il dans un hoquet de tristesse. Il se mit à réfléchir intensément. Pourquoi ces chaises étaient-elles si méchantes ? Toutes celles qu'il avait connu jusqu'ici étaient gentilles, prêtant volontiers une place où se reposer d'une longue marche. Oui, mais peut-être n'était-ce le cas que des chaises utilisées dans la vie courante. Les chaises habituées à l'homme étaient sans doute plus aimable que celles auxquelles il était confronté aujourd'hui... Il restait allongé à réfléchir, mais fut sorti de ses pensées par un gargouillis peu discret venant de son ventre. Il décida de sortir de sous le tas, quelqu'en fut la taille (indiscernable de là où il était). Il mit un certain temps à se dégager de sous la table vautrée sur ses jambes. Puis il partit tant bien que mal, en rampant, dans une direction au hasard. Ses coudes glissant au sol, ses genoux raflant le carrelage, il avançait discrètement, pour ne pas alerter les rangs ennemis. Après bien dix minutes dans cette situation délicate, il finit par trouver une brèche dans la forêt de ferraille, et s'y dirigea le mieux qu'il put. Quelques minutes plus tard, il était de nouveau debout, plus tremblant et endolori que jamais. Il suivit le couloir qui se présentait, l'oeil aux aguets, craignant désormais le pire. Il y eut un nouveau carrefour, et décida d'aller tout droit. Une centaine de mètres plus loin, après un long virage approximatif, A.R. s'arrêta, pétrifié de peur. Au milieu du chemin, une table, massive, menaçante, s'interposait. Aucune chaise n'était posé sur son dos, aucun fauteuil, pas même une autre table. Rien. Rien d'autre que cette table épaisse et imposante, qui donnait l'air d'être la chef des tables. A.R. fit brusquement demi-tour et s'enfuit à toute enjambées, se retournant régulièrement pour vérifier qu'elle ne le suivait pas. Une fois rassuré, A.R. ralentit le rythme, et prit une intersection à droite. Désormais sa vigilance au maximal, A.R. se jura de ne plus se faire surprendre. Avançant à pas feutrés, sans parler, il jetait des yeux prudents tout autour de lui, les poings en défensive, au cas où. Au bout de vingt minutes, d'intersections et virages, il finit par arriver, sans autres incidents, à un bord du simulateur de combat. Le bord opposé à celui par lequel il était entré. Et sur le mur, il vit une porte. La sortie, enfin ! Il laissa échapper une larme de joie. Puis il vit... une table de jardin. Elle était en plastique blanc, avec un trou en son centre, pour le parasol. Seules trois chaises l'entouraient, entre elle et A.R., sans doute ses gardes du corps. La table et ses sous-fifres bloquaient le passage, rendant impossible l'accès à la porte. - Ho... horreur... le boss de fin de niveau... glps... Il avait les mains moites. Il savait qu'il ne pouvait pas faire demi-tour, cette fois. La sortie était derrière cet obstacle. Il allait devoir affronter sa peur, récemment acquise, pour les tables et les chaises. Il avança d'un pas. Puis s'immobilisa. Dos courbé, mains crispées, positionnées en préparation d'attaque, A.R. se mit à progresser lentement, en crabe, fixant des yeux l'adversaire. Ce dernier ne bougeait pas, sûr de sa force et de l'impact psychologique qu'il infligeait à son vis-à-vis. Et soudain, c'était l'affrontement. A.R. venait de sauter en avant, en criant pour évacuer sa peur. Il donna un coup de pied sauté à l'entre-jambe de la chaise la plus à gauche. Sous le choc inattendu, celle-ci fit un saut en arrière et vers le haut. - Aha ! Tu fuies ! s'exclama A.R. en essayant de ne pas montrer la douleur lancinante que la chaise venait de lui infliger à la cheville. Il se passa alors quelque chose incroyable. Si A.R. doutait encore de l'esprit machiavélique des chaises, ainsi que de l'esprit d'équipe qui les unissait aux tables, alors ses doutes auraient été dissipés. La chaise frappée prit appui, avec son dossier, contre le bord de la table de jardin. Le plastique du dossier se tordit légèrement, tel un ressort. La chaise rebondit, et sauta vers l'avant, sur A.R., plus vite encore qu'elle n'avait fui. - AAAAAH ! hurla A.R. tandis que la chaise le frappait et le jetait au sol. Terrifié, hurlant, A.R. se débattit, donnait des coups de poings frénétiques, des coups de pieds qui tombaient dans le vide. Aux prises avec la chaise, il roula. Le pied de la chaise lui attaqua sa jambe. Puis finalement, après un direct du droit de A.R., elle se brisa dans un gémissement de douleur. A.R. se releva alors, et, encore pris de panique, décida de l'achever. La chaise au sol, il la piétina, la réduisit en miettes. Puis il se retourna, brandissant ses deux poings. Il était victorieux. De la première chaise... il en restait deux autres, et, surtout... la table de jardin. A.R. les observa, reprenant son souffle. Il avait du mal à comprendre la tactique de l'adversaire. Car ni les deux chaises restantes, ni la table, ne semblaient bouger ou au moins communiquer entre elles. Mais, lui, élaborait sa tactique. Il fit face aux chaises restantes, plia les genoux, et de la main droite, leur fit signe d'approcher, dans un sourire qu'il voulait être menaçant. Mais les chaises eurent le culot de rester à leur place, sans rien dire. Alors A.R. se jeta sur elles. D'une main, il attrapa l'une, et de l'autre main, se saisit de la seconde. Puis il les leva en l'air, et avec un cri aigu, les frappa l'une contre l'autre. Il frappa de toutes ses forces, plusieurs fois. Les chaises n'eurent d'autres réactions que de pleurer dans des bruits de craquements. Il les avait pris par surprise ; il faisait des progrès à vue d'oeil ! Bientôt les deux chaises n'étaient plus que des lambeaux. A.R. jeta leurs restes derrière lui, avec la première. - Cette salle sera ton cimetière ! dit-il alors à la table de jardin en la menaçant d'un doigt vindicatif. Puis il réfléchit et rectifia : - Enfin, je veux dire... ton tombeau ! Voilà, ton tombeau. Ah ! Qu'as-tu à répondre de ça ? Rien. Interloqué par tant d'arrogance, A.R. glapit un rugissement bref et sourd. Puis, sans réfléchir à une tactique, trop sûr de lui, il bondit sur la table. D'une main, il lui saisit un pied. De l'autre, il plongea deux doigts dans le trou central, celui du parasol. La ceinturant ainsi fermement, il la souleva, à la manière d'un catcheur. Très vite, les quatre pieds de la table se décollèrent du sol. A.R. la tenait à bout de bras, presque à la verticale. - Hmf... que c'est lourd ! Il aurait du réfléchir avant de s'attaquer à une table de jardin. La table fit preuve de toute sa puissance. Les bras d'A.R. tremblèrent, puis il s'effondra sous le poids de son adversaire. La table lui écrasa le thorax et A.R. étouffa un cri de détresse, le souffle coupé. Il la tenait encore à bout de bras, mais sa force n'était pas suffisante comparée à celle de la table, alors soudain il lâcha prise. Bientôt, le ventre de la table se jeta sur son visage, tandis que le bord, qui avait déjà atteint A.R. à la poitrine, se mit à glisser sur son ventre, vers le nombril, laissant sur son passage une traînée de sang. A.R. hurla de douleur à ce coup de poignard puis de peur en apercevant le trou à parasol foncer droit sur son nez. Le choc fut assommant. A.R. en fut presque K.O. Le trou à parasol lui était tombé sur son nez rond. Le nez était passé au travers du trou, se coinçant. Il eut du mal à se remettre de ce coup du sort. Il mit de longues secondes pour réaliser dans quelle situation il était. Presque entièrement allongé sous la table, il était incapable de bouger. Le nez coincé, il était asphyxié... par la table... - Je... je suis prisonnier... je... je me rends ! Hé, toi, t'entends ? La table n'avait pas l'air intéressée par une telle déclaration de soumission. Une idée angoissante lui vint alors à l'esprit. La table de jardin attendait sans doute des renforts, maintenant qu'elle l'avait lâchement capturé ! A.R. se souvint alors du conseil marqué sur le post-it, à l'entrée du simulateur. Faites vos prières. Il essaya. - Seigneur, sortez-moi de là, seigneur, faîtes que les tables ne me mangent pas... et tiens, seigneur, si je pouvais manger un morceau, d'ailleurs... c'que j'ai faim... Les heures passaient... personne ne venait... ni tables, ni chaises, ni humains... mais sa faim grandissait au fil des secondes. Chapitre d'un peu plus tard, L'école des NIACs A dix mètres de là, tenant à la main une éprouvette remplie d'une poudre rousse, marchait un jeune garçon tout souriant, vêtu d'un tee-shirt lacéré en trois grandes ouvertures sur le torse, d'un bermuda délavé taché de peinture, et de socquettes trouées aux pieds. La moitié des cheveux arrachés, la peau de la joue droite brûlée à l'acide, l'oeil gauche à demi fermé par une pustule sous la paupière, le bras droit faisant un angle anormal, entre le coude et le poignet, à la suite d'une ancienne fracture, il y avait surtout d'inquiétant en lui une narine bouchée par du coton rougi. Son sourire heureux laissait voir les quelques dents qui lui restaient. Il tourna au croisement de l'avenue des chaises en bois et du boulevard des tables rondes, en direction de la porte de sortie. Non loin devant lui, il vit alors la table de jardin, les quatre pieds pointés au plafond. Du trou de parasol sortait un nez assez gros. Visiblement, elle avait fait une prise. Il s'approcha d'elle pour la féliciter. De son côté, A.R. entendit enfin autre chose que les gargouillis de son ventre. Quelqu'un approchait. Mais il ne pouvait voir de qui il s'agissait. Effrayé, il décida de se taire. Au cas où. Il entendit quelqu'un marmonner quelques mots gentils à la table de jardin. Puis il sentit qu'on lui touchait le nez, et le pressait pour le repousser. Il sentit simultanément la table se soulever, ce qui libéra son nez du trou de parasol. Quelques instants plus tard, il vit qui l'avait délivré. A.R. réprima un frisson de panique en voyant ce corps mutilé. L'inconnu fit glisser doucement la table de jardin un peu plus loin, puis il la caressa d'une main. - Lààà... gentille... c'est bien, sage... L'inconnu avait un fort accent belge... A.R. se releva lentement, gardant un oeil suspicieux sur l'inconnu. - Euh... qui êtes-vous ? demanda A.R. - Je m'appelle Trop ! répondit celui-ci tout en continuant à caresser la table, celle-ci semblant apprécier ça, car elle ne bougeait plus. - Euh... moi c'est A.R. - Je suis l'apprenti officiel de profNIAC ! s'empressa d'ajouter Trop sur un ton empreint d'une grande fierté. - Euh... bein pas moi... euh... Son sauveur le regarda alors pour la première fois. Son oeil valide se fixa sur le front d'A.R. et notamment sa cicatrice en forme de ñ. Aussitôt, il s'arrêta de caresser la table. Il eut l'air troublé. - Mon DieuNIAC, tu serais pas... celui... - Celui ? - Celui qui a tué je-sais-plus-qui ? - Hein ? Euh... on m'a déjà posé la question... mais... - Tout le monde parle de toi, dans le NIAC. Dis, t'as fait comment pour le tuer? J'ai jamais su comment! - Je... je n'ai jamais tué personne... - Mais si... t'étais bébé... enfin... selon la légende, bien sûr. Je n'en sais pas plus. C'est comme la légende du JODN numéro un. Je ferai tout pour le lire, celui-là. Je les ai tous lu douze fois, mais pas une seule fois le numéro un. Et toi, tu l'as lu ? - Euh... c'est quoi, un JODN ? - Ah ha ! Ce que t'es drôle ! Trop rigolait de bon coeur. A.R. se demanda pourquoi. Il n'avait pas menti, ni plaisanté: il n'avait vraiment jamais entendu parler de JODN. - Qu'est-ce que tu fais là ? demanda Trop. - Euh... et vous ? préféra répondre A.R. qui, de son côté, n'avait aucune idée non seulement de la manière dont il s'était retrouvé ici mais aussi de l'endroit où il se trouvait, à part un labyrinthe remplis de chaises et de tables agressives. - Oh, moi c'est mon mentor. Il m'a envoyé chercher de la rouille de ressort de fauteuil sauvage en cuir de ragondin nain, et on n'en trouve qu'ici, des fauteuils sauvages en cuir de ragondin nain. Trop désigna son éprouvette dans laquelle il avait récolté la rouille. - J'espère qu'il y en a assez. C'est que le fauteuil ne s'est pas laissé faire. J'y ai perdu mes chaussures et j'ai bien cru que j'allais y passer, cette fois ! Mais bon, c'est moins dangereux qu'une expérience dans le labo. - Euh... au fait, merci... pour m'avoir délivré. - Pas de quoi. Cette table de jardin, c'est pas la plus méchante du simulateur de combat. Elle est gentille quand on la connaît bien. Tu as croisé la table basse en marbre ? - Euh... non. - Celle-là, c'est vraiment une vicieuse, crois-moi. Et perfide avec ça. Elle n'a l'air de rien, avec sa petite taille, mais c'est un poids lourd, et quand elle te saute dessus, tu es presque sûr d'en ressortir avec des fractures. Le ventre d'A.R. se remit à gargouiller. - Tu as faim ? demanda Trop. Viens, il y a la cantine de l'école, derrière la porte, là. Trop se dirigea vers la sortie en faisant signe à A.R. de le suivre. - La cantine de l'école ? demanda A.R. en emboîtant le pas à Trop. Quelle école? - L'école des NIACs bien sûr. Je suis en quatrième année NIAC. Mon mentor est très fier de moi!!! Les deux garçons franchirent la porte qu'avait défendu la table de jardin. Ils pénétrèrent d'abord dans un couloir. Puis, au bout d'une dizaine de mètres, il y eut un virage à angle droit. Un guéridon avec une plante verte décorait l'angle. Trop appuya sur le pot de fleur, ce qui eut pour effet d'enfoncer le guéridon et de faire basculer un panneau du mur. - Normalement, les apprentis sans mentor doivent continuer le couloir, sans même s'intéresser au guéridon, et suivre une douzaine d'autres épreuves pour apprendre progressivement les bases élémentaires de la force du NIAC. Mais bon, tous les deux, on est déjà loin de tout ça ! Même si je ne suis pas encore rookisé... Trop franchit le passage secret, A.R. s'empressa de le suivre. Le passage se referma derrière eux. - Au fait, reprit Trop. Tu ne m'as toujours pas dit comment tu as tué je-sais-plus-qui. - Euh... - Tu m'expliques ? - Euh... plus tard... peut-être... si je m'en souviens... Après quelques mètres de couloir, ils arrivèrent dans une grande salle bourrée de jeunes, attablés et en train de manger. Ils passèrent inaperçus une poignée de secondes. Puis l'un d'eux vit A.R. et notamment sa cicatrice en forme de ñ. - Oh regardez ! C'est Pote'NIAC ! - C'est pas vrai ? Celui qui a tué je-sais-plus-qui ? - En personne ! - Faites voir ? A.R. commençait à en avoir assez qu'on lui attribue quelque chose qu'il n'avait aucun souvenir d'avoir fait. Il fut vite entouré de curieux qui regardaient sa cicatrice au front en lui posant des questions auxquelles il ne répondait pas. Trop et lui se faufilèrent vers un grand comptoir derrière lequel se trouvait deux serveurs caissiers. - Je t'invite ! s'enthousiasma Trop. - Merci. - Tu veux manger quoi ? - Euh... y'a quoi ? - Des pizzas au yaourt. - HEIN ? Mais c'est dégou... enfin euh... je veux dire, y'a rien d'autre ? - Si. T'as des pizzas à la truite, aussi, si tu veux. - Euh... et quoi d'autre ? - Bein c'est tout. Ils font que ça, à la cantine. On n'est rien que des ARs, souviens-toi. C'est déjà bien qu'on ait le droit de manger... - Euh... - Alors, tu veux quoi ? A.R. était tenté de répondre "rien", mais il considéra un instant le vide qui emplissait son ventre. Alors il répondit au hasard. - Pizza au yaourt. - Très bon choix, approuva Trop puis, se tournant vers le serveur: deux pizzas au yaourt siouplé ! - Ca vous fera 15/45ö.cos(pi^3) P'Ognons Trop sortit de sa poche quelques billets métalliques étranges, que A.R. regarda d'un air intrigué, mais il préféra se taire sur son étonnement. Un peu plus tard, ils étaient servis, et s'assirent sur une table isolée tandis que les nombreux curieux étaient retournés à leur propre repas. - Alors ! Racontes-moi comment tu l'as tué ! s'exclama Trop en attaquant sa pizza. - Tué qui ? demanda A.R., distrait, en regardant la sienne d'un oeil inquiet. - Bein... tuché, l'auchtre, là... expliqua Trop, la bouche pleine. - Pardon ? - Je-sais-plus-qui, quoi. - Ah bon. Bein moi non plus. - Comment ça ? Trop en était déjà à la moitié de sa pizza alors que A.R. n'avait pas commencé la sienne. - Bein si tu sais plus quoi, moi je peux pas dire, tenta de s'expliquer A.R. - Qu'est-ce que tu veux dire ? - Bein rien, justement... - T'as pas faim ? - Si. - Pourquoi tu manges pas ? - Euh... Bon gré, mal gré, A.R. prit un morceau de la pizza (un endroit où il y avait le moins de yaourt possible), et l'avala. - Alors, tu l'as tué comment ? A.R. ne répondit pas. Il était étonné du goût délicieux de la pizza. Il se découpa un autre petit morceau pour vérifier, prenant soin cette fois de prendre un morceau avec beaucoup de yaourt. - Elle est bonne, hein ? affirma Trop en ingérant un troisième quart de sa pizza. - Euh... oui... Trop avala ce qui restait de la sienne et regarda l'horloge de la cantine. - Oh là ! Je vais être en retard. Bon bein tu me diras une autre fois comment tu l'as tué ! Salut ! - Mais puisque je te dis... Il n'eut pas le temps de finir sa phrase, Trop était déjà parti. A.R. soupira. A peine Trop parti, deux autres élèves, un garçon (un rouquin avec des taches de rousseur) et une fille, s'assirent à sa table. A.R. les vit fixer sa cicatrice tandis qu'ils s'asseyaient. Il se sentit très las. - On peut te poser une question ? demanda le garçon. - Je sais pas... répondit-il d'un ton prudent. - Comment t'as tué je-sais-plus-qui ? A.R. le fusilla du regard, mais cette fois, il préféra répondre que c'était un secret, pensant qu'il aurait la paix. - Oh, alors c'est pour ça qu'on a jamais su comment ? s'exclama la fille. - Je te l'avais dit que c'était un secret, fanfaronna le garçon. - T'as dit ça, toi ? s'étonna l'autre. - Bein oui, c'était euh... un jeudi. - Ah. Les deux nouveaux venus se disputèrent quelques instants (la fille ne semblait vraiment pas croire le garçon), puis ils se retournèrent soudain vers A.R. - Moi c'est ME ! se présenta la fille. - ME ? demanda A.R. - C'est que je suis né un samedi à midi, en milieu de journée. - Ah bon. Moi c'est A.R., c'est la deuxième et troisième lettre du jour où mes parents ont découv... - C'est pas Pote'NIAC ton nom ? s'étonna le garçon. - Voyons ! expliqua la jeune fille. Bien sûr, mais son prénom c'est A.R. voilà! A.R. était décidé à ne plus contrarier personne. Aussi n'infirma-t-il pas ME. - Quant à moi, reprit le garçon, c'est DI ! - DI ? interrogea A.R. Tu es né quel jour ? - Demandes à mes parents, ils te diront "Un jour de la semaine". - Ah. Les présentations étaient faites, l'auteur étant très fier du jeu de mots sur "diront" (même si rare est le lecteur à l'avoir compris du premier coup; de toutes manières, c'est pas grave, parce que c'est pas drôle). ME expliqua qu'elle venait de sortir des 13,1 épreuves du labyrinthe aux ARs. - La moins terrifiante, expliqua-t-elle, c'est le simulateur de combat. - Je suis d'accord, confirma DI en hochant la tête. Pourtant, personnellement, j'ai failli ne pas en sortir ! La table de jardin est vraiment très rusée ! - Tu en es sorti quand ? demanda ME. - Il y a deux semaines. - Ah ? Moi hier seulement... et toi, A.R. ? - Euh... il y a quelques minutes... - C'est vrai ? Waw ! Alors on est de la même promotion ! s'enthousiasma DI. - Promotion ? répliqua A.R. - J'espère qu'on sera dans la même maison ! se mit à rêver DI. J'attends impatiemment la prochaine cérémonie du chaNIACpeau. - La cérémonie du quoi ? demanda A.R. - Celle de la répartition, après la traversée du LAC. - Quel lac ? - Bein... le Labyrinthe d'Apprentissage Croissant... avec le coffre aux milles mystères mystérieux, le kiosque à journaux, le simulateur de combat, le cachot de... - Oh, d'accord, ok... l'interrompit A.R. DI continua à énumérer dans le désordre chacune des 13,1 épreuves, épreuves que A.R. n'avait pas passé pour la plupart. - Il y a une cérémonie de répartition tous les mois NIAC, conclut DI. Le prochain c'est dans deux jours, sauf s'il est encore reporté par le directeur de l'école, monsieur 2NIAC. C'est que c'est tellement variable, la taille d'un mois NIAC... ça peut aller de vingt à cent soixante deux quarante quinze jours NIACs et demi, record en date... c'était pour un JODN de la septième saison. - Et ça consiste en quoi, cette cérémonie ? demanda A.R. - Quoi ? Bein... à te répartir dans les cinq maisons des NIACs qui ont bien voulu mentorisé des apprentis... tu sais bien... - Euh... oui... bien sûr que je sais... mais... si tu pouvais m'en dire plus... histoire de euh... voir si tu en sais autant que moi... euh... - Oh ! Je vois ! DI bonda alors le torse, apparemment fier d'être comparé à A.R., et se mit à réfléchir pour essayer de ne rien oublier. - Hébé, il y a de cela très très longtemps, le maître de tous les NIACs, Jésus2NIAC, a décidé que pour mieux éduquer les ignares et que pour mieux leur montrer que la force du NIAC est forte et que payez plus d'impôts, il a décidé que le mieux, c'était d'avoir carrément une école des NIACs où on y mettrait les apprentis potentiels. Il a désigné cinq héros du NIAC comme volontaires pour être les mentors de ces apprentis, avec pour tache de les guider dans la force du NIAC qui est forte. Les mentors étaient pas trop d'accord au départ, mais le maître a réussi à les convaincre (l'histoire ne dit pas comment). Après étude de marché et de faisabilité éventuelle, il s'est avéré qu'il y avait des centaines d'apprentis potentiels sur NIACland et des dizaines d'autres sur Terre. Donc trop. Du coup il a décidé que seules les familles qui payent le plus d'impôts sur NIACland auront le privilège d'inscrire leurs enfants à l'école. Quant aux potentiels sur Terre, tous sont pris car il paraît que la plupart des héros du NIAC étaient des terriens avant, il y a si longtemps que personne ne s'en souvient, et que donc forcement ça doit vouloir dire que les chances sont meilleures pour que... - Oui ! l'interompit ME en bondant le torse. Même que moi je suis terrienne, et que je savais que le NIAC existait, avant. - Euh... moi aussi je suis terrien... répliqua timidement A.R., n'osant pas dire qu'il n'avait jamais su qu'une autre planète que la Terre était habitée. - Hmmm... bein moi je suis de NIACland, na. J'suis pure souche, moi, na. Et mes parents ils payent tout plein d'impôts, d'abord. Bref, je continue. Donc seuls les meilleurs payeurs d'impôts (les moins pauvres, quoi) ont le privilège d'inscrire leurs enfants, perdant ainsi une main d'oeuvre qui aurait pu leur être utile pour les aider dans leur travail. Du coup, cela réduit considérablement le nombre d'inscription à l'école. Mais, en plus du système de filtres sur l'impôt, et toujours dans l'idée de réduire ces effectifs, seuls les plus doués ont le droit de suivre les cours des plus compétents professeurs de tout NIACland. Bref, seuls ceux qui traversent les 13,1 épreuves du LAC sans mourir sont finalement inscrit... et ont droit à la cérémonie de répartition ! - Je vois... acquiesça A.R. - Enfin, comme le maître n'avait pas envie que des apprentis qui n'y connaissent rien au NIAC puissent malgré ce faire des trucs autre que étudier... faire des trucs comme par exemple être connu dans le NIAC... bein il a décidé qu'il faut cacher l'école et l'entourer de clôtures électrifiées pour pas que les apprentis s'échappent et aillent dire des bêtises qu'ils ont pas le droit de dire puisqu'ils sont censés étudier en fait. - Tu veux dire... releva A.R. Tu veux dire que l'école est une immense prison ? - Mais non, se moqua ME. Puisqu'on est là de notre plein gré ! - Euh... certes, s'inclina A.R., pas très convaincu. - Je continue, reprit DI. Donc l'école est cachée, aucun NIAC n'a le droit d'en parler (et fou serait le NIAC qui oserait révéler l'existence de cette école). Mais malgré ce, il y a eu des fuites. Une rumeur disait que certains NIACs avaient des apprentis ! - Oh ? souffla A.R. qui commençait à s'intéresser. - Oui. Et comme la rumeur ne s'éteignait pas malgré les efforts, entre autres, d'Aries l'expiateur, alors le maître, dans son génie génial, a décidé que le meilleur élève de chaque mentor serait révélé un peu au public... c'est ce qu'on appelle entre nous l'apprenti officiel. - Et il a le droit de sortir de l'école, l'apprenti officiel ? demanda A.R. avec une pointe d'espoir. - Bien sûr que non... tu le sais bien... - Oui, bien sûr... je te testais... soupira A.R. - L'apprenti officiel est comme les autres apprentis, il n'a aucun droit à part celui de manger de temps en temps et d'étudier la force du NIAC. - Qui est forte ! termina ME. DI fit ensuite la liste des apprentis officiels et des cinq mentors. A.R. apprit ainsi que Althéa était l'apprentie officielle de Manu et que Gimli était l'apprenti officiel de Liner. DI parla ensuite de Trop, l'apprenti officiel de profNIAC. - C'est un chic type, Trop, soupira ME, rêveuse. - Par contre, reprit DI, ZeYom n'a pas bien compris, et il a révélé trois apprentis officiels... enfin, Tout, son apprenti officiel, c'est... euh... j'ai oublié... un gars un peu solitaire qui cause pas trop... - Oui, ça, il cause pas de la même manière que Trop... soupira ME les yeux au ciel et le sourire atteignant les oreilles. A ce moment là, un garçon de petite taille s'approcha de leur table. Il avait un sourire méchant, les cheveux brillant plaqués par du gel à base d'excréments de saumons, et une cravate couleur saumon. - Oh non, voilà Dragostar MaleNIAC, souffla DI en constatant l'arrivée du garçon à la cravate. - Alors ME ! s'écria Dragostar de telle sorte que tout le monde dans la cantine puisse l'entendre. Toujours en train de rêver à ton amoureux ? Il s'éloigna aussitôt en riant comme un débile, tandis que ME se mit à rougir jusqu'aux cheveux et que des élèves la pointait du doigt en ricanant. - Pff... cet abruti attends la cérémonie du chaNIACpeau, lui aussi, expliqua DI. J'espère qu'on ne sera pas dans la même maison, lui et moi ! - Euh... si on y allait ? demanda ME qui se sentait regardée et mal à son aise. - D'accord, acquiesça DI. Tu viens, A.R. ? A.R. réfléchit une seconde et décida d'accepter. C'étaient les seuls amis qu'il avait dans ce monde étrange nommé NIAC. Alors, ME, A.R. et DI (dans l'ordre) se levèrent et sortirent de la cantine (au fait: ils ont fini leurs pizzas). Chapitre avant-dernier, la cérémonie du chaNIACpeau Dans les jours qui suivirent, les trois jeunes apprentis se promenaient dans les couloirs de l'école. Elle était constituée de la cantine, d'une salle de conférences (dont le toit était peint en noir avec des petits points blancs par-ci par-là), d'une bibliothèque (regroupant une NIACbible et un seul type de magazine, le JODN du numéro 2 au numéro 69), d'une salle de cours, et de milliers de placards qui servaient de dortoirs (une dizaine d'apprentis s'entassaient dans chacun). Dehors, il y avait la cour de récréation, avec trois arbres artificiels et deux rochers. La cour entourait le bâtiment de l'école et tout autour de la cour, la clôture électrifiée montait jusqu'au plafond graniteux de la grotte dans laquelle avait été construite l'école. Il n'y avait pas une seule porte dans ce grillage qui émettait un ronronnement caractéristique des milliers de volt (certains apprentis en était mort en se contentant de le frôler d'un mètre). Le grillage était totalement impossible à franchir. - C'est gigantesque, hein ? s'émerveillait DI qui s'était isolé avec A.R. dans un placard de l'aile ouest. - Euh... hésita A.R. - Et encore, il paraît que le palais du maître est encore plus grand ! - Oh ? - Je me demande encore si l'école a été construite sur Terre ou à NIACland ! - Hein ? Ah bon tu le sais pas ? s'étonna A.R. - Bein non. C'est un secret, et personne ne sait où est l'école. Sauf les profs, bien sûr. Et le directeur. Et le directeur adjoint. Et le sous-directeur adjoint. - Et les élèves, crut bon de rajouter A.R. - Bein non, justement... - Ah. - Il paraît que l'emplacement exact est indiqué dans le JODN numéro un. Je ne sais pas si c'est juste une rumeur ou si c'est vrai, mais ça expliquerait pourquoi il est interdit de lire le JODN numéro un... Durant tous ces jours d'errance dans l'école, A.R. avait pu remarquer que la salle de cours étaient parfois occupée (quelques heures par jour). Des enseignants parlaient à des apprentis. Ecoutant à la porte de la salle, il entendit des notions comme "guide touristique de NIACland" ou "héros du NIAC". Il n'osait pas rester trop longtemps à écouter aux portes. N'ayant rien de particulier à faire, il fit la connaissance des autres élèves, la plupart occupant toute leur journée à lire à la bibliothèque. Mais A.R. fit vite le tour de cette activité. A part DI et ME, ses amis, et à part Dragostar MaleNIAC (qui s'avérait être un individu cynique passant son temps à faire des blagues idiotes aux autres), personne ne sortait de la masse, celle de ceux qui n'avaient de cesse de se retourner en le voyant et en s'exclamant "oh ! c'est celui qui a tué je-sais-plus-qui". Plus A.R. y réfléchissait, plus il constatait que seuls ses trois là ne l'ennuyait pas avec ce dénommé je-sais-plus-qui. Il ne vit par contre aucune trace de Trop, ni de tout autre apprenti officiel dont lui avait parlé DI. Il était déçu, car il aurait voulu savoir comment on devient apprenti officiel, et ainsi ne plus être caché dans cette école aux allures très ressemblantes (d'un réalisme époustouflant) de prison. S'ennuyant, il se décida à faire comme les autres. Assis à côté de DI et ME, dans la bibliothèque, il lut, attendant avec impatience le jour de la fameuse cérémonie... Enfin, le grand jour arriva. Après trois reports successifs de cinq jours pour le premier, vingt heures pour le second et enfin un dernier report de trente secondes, la cérémonie arriva enfin. Ils furent convoqués dans la salle de conférences par une voix grave qui répétait en boucle dans des hauts parleurs : "tous les apprentis qui viennent de traverser le LAC sont priés de se rendre dans la salle de conférences s'ils ne veulent pas un blâme" A.R. se demandait ce qui allait arriver, et suivait DI et ME dans la salle avec une certaine appréhension. Tous les élèves étaient présents, et se serraient à l'étouffé pour entrer tous dans la salle de conférence. Assis derrière une table contre le mur du fond, il y avait six hommes que A.R. ne connaissait pas. Et sur la table, il n'y avait rien hormis un chapeau haut de forme un peu vieilli et poussiéreux. L'homme du milieu, le plus proche du chapeau, était debout à côté d'une chaise vide, il avait un nez assez gros et une longue veste qui semblait cacher de nombreuses choses dans ses poches intérieures. Le personnage le plus à sa gauche avait aussi un gros nez. Il portait une armure aux reflets dorés mais recouverts de plusieurs taches vaguement ovales et faites d'une substance blanchâtre étrange. L'homme était affalé sur son dossier et dormait, la tête en arrière. Un peu plus loin sur la gauche, un autre inconnu était en train de se curer son nez (gros également; en fait, ils avaient tous un gros nez) au moyen du bâton d'un filet à papillons. De l'autre côté, directement à la droite du personnage central (le seul debout), la chaise vide, puis trois autres hommes. Le premier avait un regard qui ne semblait pas très intelligent. Il était occupé à grignoter le bord de la table en bavant. A sa droite, un vieil homme aux cheveux en bataille était plongé dans l'écriture de calculs compliqués sur une plaque de métal tordue. Le dernier, enfin, était allongé sur la table en train de dormir. On ne voyait de lui que des épines sur son dos, des épines de couleur bronze. L'homme debout prit la parole. - Jeunes cré... euh... jeunes apprentis... pour commencer, j'ai le regret de vous apprendre que monsieur 2NIAC, notre directeur adoré, a un rhume extrêmement grave. Il n'a pu venir aujourd'hui et c'est donc moi, le "directeur adjoint" de cette école... hmpf... qui présidera la cérémonie de répartition. Le silence s'installa pendant que le directeur adjoint lisait ses fiches. Celui qui grignotait son bord de table s'intéressa alors à la plaque de métal du vieil homme à côté de lui. L'autre écarta violemment sa plaque pour la protéger de l'appétit du premier. Ce faisant, il cogna involontairement l'humanoïde à sa droite. Ce dernier se réveilla en sursaut. - Hein ? Quoi ? Promis, maman, je ferai ma chambre ! Il sembla alors se rendre compte de l'endroit où il était, et du nombre de gens qui le regardait. Il se tut aussitôt, et sifflota en regardant le plafond. Pendant ce temps-là, l'homme à l'armure se réveilla également, sur le cri du premier. - ZeYom ! Ta gueule quand je dors ! s'énerva-t-il. - Hm... reprit le directeur adjoint en jetant des regards furieux aux deux. Maintenant que les professeurs ZeYom et Manu sont réveillés, on va pouvoir reprendre. - Reprendre quoi, Berserk ? demanda celui qui semblait s'appeler Manu. Sans répondre, le directeur adjoint marqua une pause durant laquelle il prit en main le chapeau usé. - Jeunes cré... euh... bref... ceci est un chapeau NIAC. C'est le chaNIACpeau ! Ainsi, c'était ce truc, le chaNIACpeau ! se dit A.R. - C'est grosso modo un calibreur de tête, poursuivit le directeur adjoint. Il va permettre de savoir dans quelle maison vous irez... Le directeur adjoint fit une longue pause, semblant réfléchir. L'homme aux cheveux en bataille se leva alors, s'approcha discrètement du directeur adjoint et lui murmura quelques mots à l'oreille. - Ah oui, voilà ! reprit à voix haute le directeur adjoint. Donc: le chapeau... enfin... le chaNIACpeau quoi... comporte cinq positions. Ce qui tombe bien puisqu'il y a cinq mentors. Et c'est le chapeau qui va décider chez quel mentor vous irez. A côté d'A.R., DI lui expliqua que cette technique avait été inventé parce qu'aucun NIAC n'avait envie de s'embarrasser avec des jeunes dans les pattes. Cette méthode permettait d'être équitable en induisant un choix purement aléatoire. Le directeur adjoint était en train d'expliquer qu'on allait appeler un à un "les nouveaux" (ceux qui viennent de traverser le LAC et qui n'étaient pas encore affecté à une école, lui expliqua DI) pour qu'ils se mettent le chapeau sur la tête. - Tout dépend de l'endroit jusqu'où il s'enfoncera sur votre tête. S'il est assez grand pour s'enfoncer jusqu'aux épaules, c'est que vous avez une petite tête, et la maison de la tong d'argent vous ira à merveille. DI, qui décidément avait décidé de commenter tout ce que disait le directeur adjoint, expliqua à A.R. que les apprentis de Liner étaient de loin les plus cons de tous, à commencer par l'apprenti officiel (ce n'était là que l'opinion de DI, bien sûr). - Si par contre, continuait le directeur, le chapeau laisse visible votre cou, cela signifie que vous êtes légèrement plus intelligent et que surtout vous avez un long cou, ce qui est très pratique pour espionner le voisin et notamment les traîtres à abattre. La maison de l'armure dorée sera la votre. DI expliqua, murmurant tel un consultant sportif dans l'oreille d'A.R., que les apprentis de Manu étaient louches et qu'il préférait les éviter... en effet, la plupart de ces apprentis avaient mal tourné. Certains prétendaient que c'était du à l'aura de fumble du mentor. - Si le chapeau est stoppé par votre nez, cela signifie que vous avez déjà une forte propension à lire tout le NIAC en un week-end, puisque vous avez déjà un gros nez alors que vous avez à peine commencé vos études. Donc la maison du papillon d'obsidienne vous sied. Cette fois, DI souligna le côté prétentieux et un brin je-sais-tout des apprentis de Tout. A.R. enregistra l'information, commençant à se demander s'il appréciait une des cinq maisons ou pas. - Un peu plus haut, reprit le directeur adjoint, il y a les oreilles. Si vous avez les oreilles assez décollées pour que le chapeau s'y pose et se stabilise, alors vous avez de sérieux problèmes avec vos oreilles ! Donc la maison des épines de bronze sera la votre. A.R. attendit le commentaire de DI sur cette quatrième maison. Celle-ci ne se fit pas attendre. Il prétendit que les apprentis de cette maison, tenue par ZeYom, étaient de loin les plus insipides et les moins motivés à maîtriser la force du NIAC. Ils préféraient dormir dans les placards que lire dans la bibliothèque. Et ce, malgré toutes leurs potentialités évidentes. - Enfin, termina le directeur adjoint, si le chapeau ne tombe pas plus bas que le cuir chevelu, c'est à dire s'il reste en haut sur votre crâne, cela signifie que vous avez la grosse tête. Vous êtes donc un scientifique, et la maison de la pizza aux fromages est pour vous. Le directeur adjoint marqua une pause pour scruter son oratoire, tandis que DI précisait à son ami que cette dernière maison était celle qu'il espérait, parce que la plus intéressante. En effet, le mentor profNIAC était non seulement intergalaxiquement connu, mais en plus faisait participer ses apprentis à ses expériences scientifiques les plus passionnantes et les plus dangereuses. A.R. préféra ne pas dire à son ami que si cette dernière maison était la plus dangereuse, alors il en espérait une autre. Peut-être l'aurait-il mal pris. Le directeur adjoint reprit la parole pour demander aux nouveaux élèves de s'approcher un à un pour essayer le chapeau. ME se confia alors à A.R. pour lui confier qu'elle aussi espérait être dans la maison de profNIAC. Dragostar, derrière eux, avait tout entendu. Il ricana en déclarant que ME ne voulait ça uniquement pour être dans la même maison que son chouchou d'amour. ME rougit et se tut ; Dragostar, lui, se dirigea vers le podium. Il mit le chapeau, et celui-ci cacha son visage en entier. Mais on voyait encore son cou. - A l'armure dorée ! décréta le directeur adjoint. - Ca m'étonnes pas... souffla DI à A.R. avant de se diriger à son tour vers le chapeau. Contrairement aux espérances de DI, le chapeau ne resta pas en équilibre sur son crâne, mais tomba sur ses oreilles. - Epines de bronze ! nota le directeur adjoint à côté du nom de DI. Ce dernier redescendit et vint vers A.R. qui s'apprêtait à le réconforter. Mais ce fut DI qui parla le premier. - Chouette ! Les épines de bronze ! C'est la meilleure des maisons. - Hein ? Mais tu disais... - Taratata, ça, c'était avant. Mais un bon apprenti défend sa maison ! - Comment ça ? - Bein oui, faut défendre notre maison dans le TCP. - Le quoi ? - Le Tournoi des Cinq Patrons... le tournoi des 5 mentors, si tu préfères. Tous les apprentis concourent et font gagner des points à leur maison. Le meilleur mentor, celui qui a le plus de points grâce à ses apprentis, obtient le droit de faire passer un de ses apprentis dans l'année suivante de son cursus sauf si l'apprenti est en cinquième année, sauf si le maître est pas d'accord, sauf si l'apprenti est en troisième année, sauf si... - Regardes, l'interrompit A.R., y'a ME qui y va elle aussi. - Ah ! J'espère qu'on sera ensemble ! s'excita DI. ME fut intégré elle aussi à la maison des épines de bronze. Pendant quelques minutes, A.R., hésitant, se contenta de regarder les autres se vêtir du chapeau. Il vit une dizaine d'affectations pour la maison de la pizzas aux fromages, une quinzaine pour celle de la tong d'argent, trois pour celle de l'armure dorée, une douzaine pour les épines de bronze, et à peu près autant pour celle du papillon d'obsidienne. Finalement, il se décida. Il avança vers le chapeau, à la suite d'une fille qui partit dans la maison de l'armure dorée. - Votre nom ? lui demanda le directeur adjoint. - A.R. Pan... euh... Pote'NIAC, déclara A.R. - Epelez. - Bein... A... point... R... point... P... O... T... E... apostrophe... N... I... - C'est bon, je sais écrire NIAC, merci ! l'engueula le directeur adjoint en le fusillant du regard. Portez le chapeau ! A.R. se mit le chapeau sur la tête. - Epines de bronze ! jugea le directeur adjoint. A.R releva le chapeau. La première chose qu'il vit était ses amis, DI et ME. Fous de joie de l'avoir dans la même maison, ils s'enlaçaient. Quelques secondes plus tard, il les avait rejoint. Et quelques heures plus tard, la cérémonie était terminée. On leur demanda de se disperser. Chapitre dernier, Les premiers cours d'A.R. Dans les heures qui suivirent, A.R. apprit grâce à DI les modalités des études en NIACologie qu'ils allaient suivre. Le cursus comportaient cinq "années NIAC" à valider. En insistant, il finit aussi par apprendre ce qu'était une année NIAC; c'était de taille variable et allait de douze fois vingt à douze fois cent soixante deux quarante quinze jours NIACs et demi, record en date, sachant qu'un jour NIAC faisait de dix à trente-deux heures selon les jours. A.R. se souvint alors de ce que lui avait dit Trop, à savoir qu'il était en quatrième année... il n'avait pas de suite relevé, mais s'en était intrigué. Cette révélation prenait à présent tout son sens. Si Trop en était à la quatrième année, c'est qu'il n'était pas loin de la sortie. Et en quoi consistait cette sortie ? - Bein ? s'interrogea DI. Oh ? Tu me teste encore ! - Euh... Oui, confirma A.R. - Bein après la cinquième année, c'est la rookisation, bien sûr. A la fin de chaque année NIAC on a un examen de validation et à la fin de la cinquième, si on réussit, on est rookisé... cela dit, y'en a qui sont pistonnés, et qui sautent la deuxième ou la troisième année. Parfois même les deux d'un coup. Genre ce pistonné de Trop, il est passé d'un coup de la première à la quatrième. A.R. vit de l'amertume dans les yeux de DI. - D'ailleurs, reprit-il, c'est généralement le cas des apprentis officiels... - Je vois, acquiesça A.R. Donc si on veut être... euh... "rookisé"... le plus vite possible, mieux vaut être officialisé, c'est ça ? - Euh... ouais... mais n'y comptes pas... euh... dis, t'as pas l'intention de demander ton officialisation, hein ? Tu sais, c'est dangereux d'être officiel... il paraît... A.R. ne répondit pas. Le lendemain, ils devaient avoir leur premier cours, les mathématiques NIACs. L'enseignant était profNIAC. Il apprit à ses étudiants l'existence de ñ et de ö mais A.R. n'était pas certain d'avoir tout compris, et avait même l'impression de s'être endormi en cours. Leur second cours n'était que le lendemain et s'intitulait "la chasse aux papillons et autres mammifères". Le professeur Tout leur expliqua pendant deux heures et dix minutes comment on pouvait reconnaître un papillon. - C'est plus petit qu'un éléphant, disait-il. Les cours s'enchaînaient au rythme de un tous les deux jours en moyenne, avec des pointes à deux par jour, de une à trois heures chacun. Ils passaient le reste de leur temps libre à la bibliothèque, lisant et relisant les exemplaires du JODN, et la NIACbible (on pouvait voir à la fin de celle-ci des gravures impressionnantes de réalisme des héros du NIAC). La salle de cours comportait un tableau noir, une table et une chaise pour l'enseignant. Les élèves, eux, devaient rester debout (ça permettait de caser plus de monde dans la salle), et, surtout, parfaitement silencieux... une pancarte sur un mur de la salle indiquait "il est interdit de ronfler ou de parler ou les deux". Le professeur entrait dans la salle par une trappe située près du bureau. DI expliqua un jour à A.R. que c'était le seul moyen pour aller de l'autre côté du grillage électrifié qui entourait l'école. Sans cette trappe, les professeurs ne pourraient venir enseigner. - Il paraît que la trappe conduit dans un système compliqué de tunnels. - Et l'entrée est protégée ? - Protégée ? Pour quoi faire ? - Euh... pour rien. Pendant quelques mois, le train des études se poursuivit. S'enchaînèrent les cours de "l'art de la pizza" avec profNIAC, puis d'excusologie (au premier cours le professeur The Liner était absent mais au second il était venu, endimanché d'une cravate rose aux motifs d'oursins, expliquant qu'il n'avait pu venir la veille à cause de son réveil qui était malade et qu'il avait du conduire aux urgences), puis le cours de MaNIAC du professeur Tout. Au cours de fumble, le professeur Manu tenta d'expliquer la puissance du fumble. Le même Manu avait ensuite enchaîné avec son cours sur "la trahison et le repérage des traîtres" dans lequel il avait précisé que s'appliquait souvent le fumble et les erreurs de jugement. Ce jour là, ils avaient eu droit à quatre heures de cours, rien que du professeur Manu (qui avait terminé par sa troisième matière : le "n'importe quoi". Un autre jour, ils suivirent le cours de ZeYom sur les métamorphoses corporelles, puis celui de la chasse au lance-roquette par le professeur Berserker. Puis ils n'eurent plus de cours pendant six jours. La journée la plus chargée fut de trente-deux heures consécutives, avec le cours d'entretien du nez du professeur Paldamel, le cours de soin de son look, soin de son style, par le professeur Drealmer, le cours d'étude de la sainte NIACbible (qui concernait principalement l'étude des gravures des héros du NIAC, et la description de leurs exploits, mais aussi l'apprentissage des dix NIACommandements ou peut-être onze), cours assuré par The Liner (qui cette fois ne fut en retard que d'une heure), puis le cours de médecine NIAC (là aussi de The Liner), puis celui de "Histoire(s) de NIACland, ses cités, ses visions, ses héros, ses trucs et astuces", par le professeur Tout, puis celui de "Géographie de NIACland, cités et zones" (qui englobait trois principaux chapitres: la capitale NIACopolis, les "autres cités importantes" et les "souterraines disparues"), enseigné par ZeYom, et pour finir le cours de "dangers de l'opium et autres drogues aigres-douces" par Drealmer. A.R. et ses amis finirent cette longue journée sur les rotules et dormirent par la suite quarante-deux heures d'affilé. Heureusement, ils n'avaient plus de cours pendant dix jours. A.R. se posa, pendant ces dix jours de répit, beaucoup de questions sur l'organisation étrange de leur emploi du temps... Il venait de finir pour la deuxième fois toute la bibliothèque, et lu trois fois la NIACbible. Il en connaissait maintenant suffisamment, à son sens, et attendait avec impatience un examen de fin d'année, pour accéder à la deuxième année. Mais la date n'était pas prévue. D'après DI, la date ne serait connue que la veille, au mieux, ou au pire le lendemain... Mais A.R., lui, avait hâte. Il voulait maintenant vivre dans NIACland, ce monde étrange qu'il avait appris à adorer. Oui, mais comment y arriver ? Il se souvint alors de la remarque de DI. Les apprentis officiels étaient pistonnés, et sautaient les classes. Alors pourquoi pas lui ? A.R. laissa ses pensées divaguer. Puis il se fit une promesse. En bruit de fond de ses pensées, une musique douce commençait puis s'amplifiait. Il se fit la promesse de tout faire pour être officialisé. Il irait voir ZeYom, son mentor... et... Et la musique douce s'avéra être le générique de fin... * * * chapitre après dernier, Générique * * * c'était... ............. A.R. Pote'N I A C à l'école des NIACs... ......................... auteur.................ZeYom (épuisé sur la fin) casting................le même (content d'avoir fini) et même que peut-être... ...si affinités avec LE lecteur... ... même que peut-être... ...y'aura une suite... dans le tome 2 : A.R. Pote'NIAC et la chambre du NIAC Ptet' même un tome 3, 4, et 5 ...mais pas plus que 5 tomes, hein, oh, hé... ... copyNIAC deux zéro zéro deux. ...crevé, moi...